La vie, une danse continue avec l’instant présent

« La vie, c’est des ennuis. Seule la mort en est exempte. Être en vie, c’est défaire sa ceinture et *chercher* les ennuis. »
Nikos Kazantzakis, Zorba le Grec
« Et ils vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours » : combien d’histoires avons-nous lues qui se terminent ainsi ? Et combien de films, de romans et de pièces de théâtre — même sans utiliser cette formule exacte — transmettent le même message ?
Et combien d’entre nous rêvent d’organiser leur vie de la même manière : trouver un partenaire, se construire une vie stable, mener une carrière et accumuler suffisamment d’argent pour assurer leur sécurité financière et familiale, et enfin « vivre heureux pour toujours » ?
Un rêve ou… un cauchemar ?
Depuis qu’Aristote, dans sa *Poétique*, a défini la structure « parfaite » d’une comédie, chaque histoire – malgré ses infinies variations possibles – suit le même schéma de base : il y a des personnages, des objectifs à atteindre, des épreuves à affronter et des difficultés à surmonter, de sorte que la tension et l’incertitude s’accumulent jusqu’à ce que survienne la catharsis, que les problèmes soient d’une manière ou d’une autre résolus et que l’on parvienne à la conclusion souhaitée : « et ils vécurent heureux pour toujours ».
Ce type de structure nous façonne dès notre plus jeune âge et nous amène à croire que nos vies peuvent se dérouler de la même manière qu’un film ou une œuvre littéraire : c’est-à-dire qu’il est possible de se fixer un objectif, de lutter contre les difficultés et les obstacles, mais ensuite — une fois que nous les avons enfin surmontés — de profiter d’un repos bien mérité et de vivre le reste de notre vie à l’abri des problèmes et des soucis.
La vie ne suit pas un scénario
Malheureusement — ou plutôt, heureusement… — la vie n’est pas un film : l’expérience nous enseigne que lorsque nous parvenons à atteindre un objectif, petit ou grand (mariage, promotion, statut social, résultat financier…), nous découvrons que nous n’avons en réalité rien résolu ; au contraire : nous découvrons que le nombre et la difficulté des défis auxquels nous serons confrontés n’ont fait qu’augmenter — tout comme à l’école, où chaque fois que nous passons dans une classe supérieure, les matières et les devoirs deviennent de plus en plus difficiles et exigeants.
De plus, il suffit de regarder autour de nous pour être contraints d’admettre que chaque être humain, indépendamment de sa richesse ou de son statut social, est confronté à des problèmes familiaux, de santé et professionnels, et que les différences ne résident que dans l’ampleur des problèmes, et non dans leur nature.
Le rêve impossible d’une vie sans problèmes
Il est donc tout à fait normal que, de temps à autre — submergés par les obstacles et les problèmes —, nous aspirions à une pause ; c’est d’ailleurs à cela que servent les vacances. Mais gérer notre vie tout en continuant à rêver d’une situation qui nous permettra enfin de « vivre heureux pour toujours » et d’atteindre une sorte de nirvana où les conflits et les problèmes n’existent plus, outre le fait d’être un objectif inatteignable, cache quelque chose de bien plus grave : cela cache un rejet de la vie elle-même, qui, par définition, est une succession continue de problèmes et de défis de plus en plus difficiles avec lesquels la vie nous met à l’épreuve ; cela cache le désir d’échapper à la lutte, un désir qui ne révèle rien d’autre que la peur et l’insécurité.
Mais la vie est conflit, mouvement et croissance, et c’est précisément à travers les difficultés que nous affrontons et surmontons que nous découvrons l’essence et le sens de notre existence.
Ne pas accepter cette vérité simple et évidente nous conduit à nous poser en victime, à rejeter l’expérience, à fuir ce qui — même si c’est exigeant et parfois douloureux — peut véritablement s’avérer être un moment de croissance. Tout sportif sait que ce n’est qu’à travers un entraînement rigoureux qu’il peut devenir plus fort et améliorer ses performances ; tout étudiant sait que ce n’est qu’en se confrontant à des études et à des problèmes de plus en plus complexes qu’il peut devenir un professionnel ; tout musicien ou danseur sait que ce n’est qu’à travers une lutte constante contre les difficultés qu’il peut devenir un véritable artiste.
Ainsi, au lieu de rêver d’un avenir inexistant et impossible (qui ne serait en réalité rien d’autre qu’un cauchemar — combien de temps serions-nous réellement capables de supporter une vie « parfaite », sans problèmes à résoudre, avant que l’ennui et la dépression ne nous tuent ?), nous ferions mieux de commencer à accepter la vie dans son intégralité, afin de pouvoir trouver dans chaque expérience — aussi désagréable et dure soit-elle — la leçon qu’elle recèle, et de l’utiliser pour grandir et nous épanouir en tant qu’êtres humains.
Apprendre à danser avec l’instant présent
Et nous ferions bien de reconnaître que nous ne sommes pas en mesure de juger les choses au fur et à mesure qu’elles nous arrivent, et que souvent, ce qui semblait être un désastre sur le moment peut s’avérer plus tard avoir ouvert la voie à un nouveau niveau de conscience et de croissance, en acceptant le fait que se détacher de tout jugement et de toute plainte, et apprendre à danser avec l’instant présent — quelles que soient les épreuves qu’il nous réserve — est la véritable clé de la croissance, du bonheur et de la vie elle-même.
by Bruno


