Une conversation par chat sur le coaching, l’apprentissage et le potentiel humain

Cette interview sur le coaching a été réalisée par chat avec un étudiant en psychologie (Radu Weiss) pour un magazine étudiant roumain.
Voici donc l’interview :
Peut-on vraiment s’améliorer indéfiniment ?
R :
L’un de vos domaines d’expertise est le coaching. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un coach, ce qu’il fait et à quoi il sert ?
Bruno :
Le principe de base est très simple : si vous faites quelque chose, vous pouvez le faire encore mieux.
R :
N’y a-t-il pas une limite maximale ? Ou ne le saurons-nous jamais, car nous mourrons tous avant d’y parvenir ?
Bruno :
Qui sait ? Toute l’histoire n’est rien d’autre qu’une carte sur laquelle certaines zones sont marquées « hic sunt leones ». Puis quelqu’un les explore et en dresse un croquis… Quant à la mort, il y a beaucoup de gens qui ne sont jamais morts…
R :
Dans quel sens ?
Bruno :
Nous, par exemple 🙂 … Qui sait ce qui pourrait arriver… une sauvegarde sur réseau, et voilà le chemin vers l’immortalité… Quoi qu’il en soit, pour rester plus terre-à-terre, l’idée est que, d’après ce que nous savons, nous pourrions survivre même si 60 % de notre cerveau venait à être retiré. Et ce n’est pas une blague : il y a un enfant qui a reçu accidentellement une balle dans la tête et qui a perdu 60 % de son cerveau. Il est adulte aujourd’hui et dirige une entreprise de logiciels (s’il vous plaît, pas de références à Microsoft, s’il vous plaît…).
R :
Hmm, s’ils inventent un jour ce truc de sauvegarde, j’espère qu’ils me laisseront d’abord supprimer les fichiers inutiles.
Bruno :
Eh bien, tu perdrais ton individualité. Que serais-tu sans tes mauvais souvenirs ? De toute façon, bons ou mauvais, ce ne sont que des opinions. C’est vraiment cool d’apprendre de ses erreurs… comme ça, on peut en faire de nouvelles tout le temps. Et puis, les erreurs les plus intéressantes se répètent depuis la nuit des temps. Et personne n’apprend rien. La première fois qu’un mec a une histoire avec une fille, il est tout aussi perdu qu’un Égyptien d’il y a 5 000 ans… Jeux de pouvoir, positions philosophiques… idées sur la mort ou la vie. On dirait que tout le monde repart de zéro. En fait, on dirait que c’est à ça que sert la religion : elle fournit une certaine explication que les gens acceptent pour pouvoir se concentrer sur des choses plus concrètes, au lieu de penser à la mort, au paradis ou à je ne sais quoi.
R :
Euh, on revient au coaching ?
Bruno :
Oui. Cependant, il y a un lien direct : les potentiels cachés du cerveau constituent le plus grand obstacle à la théorie de l’évolution, même si personne ne le dit. Je veux dire, pourquoi un organe aussi puissant aurait-il évolué s’il n’était en réalité pas utilisé ? Si tout le monde faisait ce dont il sait déjà être capable, sans rien apprendre de nouveau, il obtiendrait des résultats spectaculaires. Apprendre, dans ce contexte, signifie utiliser d’autres ressources.
R :
Mais est-ce que les gens continuent à apprendre une fois qu’ils ont commencé à travailler dans un domaine, ou pas ?
Bruno :
Eh bien, c’était peut-être vrai autrefois. Aujourd’hui, si tu passes quelques mois sans rien apprendre, tu es hors jeu. En fait, notre façon d’apprendre doit changer dès maintenant. Le cerveau doit servir à autre chose qu’à mémoriser des informations que l’on trouve facilement sur Google ; il doit être entraîné à établir les liens que Google ne peut absolument pas faire. En réalité, avec Internet aujourd’hui (et cela a fait l’objet de nombreuses histoires de science-fiction), nous nous dirigeons vers un cerveau mondial (et voilà comment l’inconscient collectif de Jung s’est matérialisé — à condition, bien sûr, qu’il y ait suffisamment d’électricité… :-).
Nous sommes tous comme une personne qui peine à joindre les deux bouts avec 1 000 euros par an… sans utiliser les 100 000 qu’elle a cachés sous son matelas. Nous ne saurons probablement jamais ce que ce serait de vivre en utilisant 100 % des capacités de notre cerveau… Mais avec un peu de technique, il est facile de doubler ou de tripler ses performances… et cela nous ramène à mon domaine d’activité.
Le potentiel caché de l’esprit humain
R :
Tripler ses performances ?
Bruno :
Pourquoi pas ? Avec un peu d’entraînement, on peut par exemple tripler immédiatement sa vitesse de lecture. Avec quelques techniques mnémoniques, on peut faire un spectacle de mémoire. Ce n’est pas différent de la situation des gens qui aiment rester assis devant la télé à boire de la bière (et finissent maigres avec un ventre de buveur de bière) — alors que, sans avoir à participer aux Jeux olympiques, il suffit d’un petit effort pour conserver un physique athlétique. Par exemple, trois séances de sport par semaine suffisent pour avoir fière allure (et se sentir bien). Avec un peu d’« entraînement cérébral », il en va de même pour votre cerveau.
Si l’on entre des données erronées, on obtient des résultats erronés
R :
Mens sana in corpore sano…
Bruno :
La vérité, c’est qu’on ne comprend toujours pas pleinement à quel point le lien entre l’esprit et le corps est fort… ni à quel point ils se ressemblent. Je veux dire par là que des gens qui ne mettraient jamais de déchets ou de poison dans leur bouche laissent les absurdités de la télévision — ou toutes sortes de poisons intellectuels — s’infiltrer dans leur esprit. Et la pollution mentale causée par ces absurdités est bien pire que le smog. Déjà, si vous vous débarrassez de ce poison, vous obtiendrez des résultats incroyables. Sans avoir besoin d’aucun entraînement particulier, une personne lambda qui arrête de fumer, de boire et de manger de la malbouffe peut améliorer considérablement sa santé en seulement quelques semaines. Si nous comprenions que l’esprit est tout aussi sensible — sinon plus — que l’estomac, nous ferions tellement plus attention à ce que nous y introduisons. Le mécanisme GIGO (garbage in, garbage out, « à déchets entrants, déchets sortants »). Par exemple, il y a encore cent ans, les gens ne comprenaient pas que les microbes existaient, même s’ils savaient que s’ils restaient près d’une personne malade, ils tombaient eux aussi malades. Puis on l’a compris. Aujourd’hui, nous savons intuitivement que si nous restons près de quelqu’un qui est déprimé, au bout d’un certain temps, nous deviendrons nous aussi déprimés. Mais il semble que nous ne comprenions toujours pas — et nous ne comprenons ni le pouvoir de la mémétique, ni la nécessité des médias de masse.
R :
La mémétique, c’est quoi ?
Bruno :
En bref, cela signifie qu’une idée se propage beaucoup plus efficacement si elle est liée au sexe, au danger, à la faim, etc. Personne ne regarderait les informations si on y disait qu’il ne s’est rien passé aujourd’hui et que tout va bien. Ainsi, comme je l’ai entendu une fois à la télévision – et cela m’a fait mourir de rire –, il vaut mieux, plutôt que de ne rien dire, signaler qu’un grave accident de la route a eu lieu aux Philippines, faisant cinq morts… Je pense que nous sommes tellement habitués à ce mécanisme que nous ne réalisons pas à quel point il est toxique.
Du paradis au cauchemar
Exemple :
Aux États-Unis, la probabilité de mourir dans un accident de voiture est de 1 sur 30 000 par an, et celle d’être tué par balle est de 1 sur 60 000 par an. Imaginez maintenant que vous vous trouviez sur une île comptant 3 000 habitants. Un accident de voiture équivaut à se faire dévorer par un requin, et se faire tirer dessus équivaut à se faire poignarder par un voisin. Cela signifie que les habitants vivent dans un paradis sur terre, où une fois tous les DIX ans, quelqu’un est dévoré par un requin, et une fois tous les VINGT ans — comme les parents le disent même à leurs enfants — un habitant en poignarde un autre. Imaginez maintenant un archipel de 100 000 îles, reliées par la télévision. Et soudain, le paradis se transforme en cauchemar où chaque jour, 31 personnes sont poignardées… et 62 sont dévorées par des requins… et tout le monde vit dans la peur.
Revenons au coaching. Ma philosophie de base — qui est très, très simple — est que, mis à part certains cas pathologiques spécifiques, le cerveau est un outil parfait et merveilleux qui, pour l’instant, surpasse de loin même le meilleur ordinateur — mais, comme tout ordinateur, il dépend de la qualité du logiciel et de la qualité des données. Et GIGO.
R :
Est-ce que le coach met aussi à jour le logiciel ?
Bruno :
Si l’on veut s’en tenir à la métaphore, nous sommes également pleins de virus. Le coaching consiste avant tout à se débarrasser des plus gros blocages. Si vous avez un disque dur de 200 Go et 1 Go de RAM, mais qu’il est encore rempli de fichiers inutiles, l’ordinateur fonctionne mal, quelle que soit sa qualité. Par exemple, il existe un programme de coaching appelé CleanSweep, conçu pour mettre un peu d’ordre dans votre vie. Ce n’est ni plus ni moins qu’un programme de remise en forme. Vous commencez par vous débarrasser de tout ce qui vous pompe votre énergie : les relations toxiques, le travail inutile et désorganisé, les choses que vous remettez sans cesse à plus tard… En d’autres termes, vous recommencez à reprendre un peu le contrôle de votre vie. Cela améliore immédiatement votre qualité de vie et vous aide à gagner en confiance en vous-même — et en votre coach, bien sûr — pour aller de l’avant. Une fois que vous vous êtes débarrassé des principaux obstacles, vous commencez à vous concentrer sur vos objectifs, votre stratégie, etc. Mais c’est exactement comme dans le sport : ça ne sert à rien d’aller voir un « super » coach avec un gros ventre, une bière dans une main et une cigarette dans l’autre. Je veux dire par là qu’aucun programme ne peut surmonter ce genre d’autosabotage. Évidemment, une grande partie du travail consiste en fait à aider le client à trouver l’énergie nécessaire pour se lancer.
R :
… et à le maintenir sur la bonne voie…
Bruno :
… et à l’aider à faire face à des décisions qui sont douloureuses sur le moment. Au début, personne n’aime suivre un régime ou arrêter de fumer. Parfois, quand je constate qu’une personne est dans une relation ou une « amitié » toxique et que je lui conseille d’y mettre fin, j’entends : « Mais est-ce que je dois vraiment partir ? C’est mon meilleur ami… » Et je réponds : « Non, tu dois t’enfuir à la vitesse de la lumière… »
R :
Hmm, à partir de quand une relation est-elle toxique ?
Bruno :
Quand, d’une manière ou d’une autre, ça te sape l’énergie. Par exemple, toujours dans le domaine du sport : si je veux me qualifier pour les Jeux olympiques, j’ai intérêt à quitter ce groupe où tout le monde boit, fume et regarde des matchs. Remarque : il n’y a rien de « mal » à boire ou à fumer si ça rend quelqu’un heureux, mais bien sûr, ce n’est pas comme ça qu’on se qualifie pour les Jeux olympiques… Je ne veux pas donner l’impression de donner une tournure « morale » à ce que je dis, mais si vous avez un ami — aussi bon soit-il — qui ne fait que se plaindre de l’argent, du pays, de sa femme et de Dieu sait quoi d’autre, c’est un ami toxique. Son poison vous affectera, vous aussi.
Pourquoi on a besoin d’un coach
R :
Mais une personne ne peut-elle pas identifier et résoudre tous ces problèmes toute seule ? Pourquoi a-t-on besoin d’un coach ?
Bruno :
Exactement… Souvent, on a besoin d’un regard extérieur. Pense au nombre de fois où, après t’être sorti d’une certaine situation, tu te dis : « Mais comment diable me suis-je retrouvé là-dedans et comment ai-je pu supporter ça… », alors que quand tu es en plein dedans, c’est plus difficile de s’en rendre compte. Il faut du temps et beaucoup d’efforts — malgré ce que la raison vous dit — pour se débarrasser des mauvaises émissions de télé, des amis négatifs et des activités qui vous grilleront le cerveau. Et n’oublions pas : ce n’est que la première étape — le véritable ennemi se trouve dans notre propre esprit. Mais on ne peut pas le vaincre si, par exemple, on ne bénéficie pas du bon soutien de l’extérieur.
R :
Et c’est là qu’intervient le coach ?
Bruno :
Tout naturellement, autant que possible… et en matière de définition d’objectifs. Il est évident que pour une personne normale, une bière ne fera pas de mal (une seule !). Mais pour quelqu’un qui s’entraîne pour les Jeux olympiques, c’est déjà trop. Le coach a notamment pour rôle d’aider son client à clarifier ses objectifs. Je veux dire, si quelqu’un veut une médaille d’or, il sait qu’il devra payer un prix très élevé — sur le plan social, intellectuel, sexuel, etc. — et il devra se demander si cela en vaut vraiment la peine. Le défi consiste à aider le client à trouver un équilibre et à clarifier ses priorités. De toute façon, Jésus dit : « À quoi servent tous les trésors du monde si tu perds ton âme ? » Ça ne sert à rien de faire fortune si votre enfant se drogue… si vous avez des problèmes cardiaques à cause du stress… et si vous ne pouvez pas sortir sans quatre gardes du corps parce que, sinon, quelqu’un vous tirera dessus…
R :
Je me demande… dans des situations délicates, le coach ne manipule-t-il pas le client ?
Bruno :
Peut-être… l’important, c’est de faire un choix.
Choisir ses propres objectifs
R :
Pour se débarrasser de l’indécision ?
Bruno :
Non, au contraire… pour se libérer des réactions automatiques… Mais je ne guide personne. C’est très important. L’objectif, c’est « nosce te ipsum » — connais-toi toi-même. Le plus difficile à apprendre, c’est en fait de NE PAS donner de conseils. Les conseils, les sages n’en ont pas besoin… et les imbéciles n’y prêtent pas attention. Ce qui importe — et qui nécessite une technique spécifique —, c’est d’élever le niveau de « perception » et de connaissance de soi. La question n’est pas de savoir si la famille ou la découverte est la plus importante. C’est à EUX de savoir si l’une ou l’autre est la plus importante pour EUX… et de le découvrir le plus tôt possible, plutôt que de s’en rendre compte après avoir gâché sa vie. Ce qui importe, c’est que ce soit un choix conscient : c’est pourquoi je disais qu’il est difficile de se libérer des comportements automatiques, aussi néfastes soient-ils.
N’oublie pas que nous courons après des objectifs de « réussite » qui nous sont imposés de l’extérieur. On nous dit que si nous n’avons pas la plus grosse Mercedes et le plus petit téléphone portable, nous sommes stupides ou des ratés… mais c’est une croyance qui convient à la société, pas nécessairement à toi. Peut-être que tu te sentirais vraiment bien à la campagne, à faire du cheval, et sans aucun téléphone portable. C’est là le plus gros problème avec toute cette histoire de définition d’objectifs. Les gens pensent qu’il est difficile d’atteindre des objectifs, alors que ce qui est vraiment difficile, c’est de les choisir… et de se libérer de toutes les influences extérieures.
Donc, en conclusion, quoi que vous fassiez dans cette vie, cela doit reposer sur un fondement philosophico-religieux, d’une manière ou d’une autre — en d’autres termes, aucune réussite terrestre ne peut résister à un simple « et alors ? ». Si vous aimez Freud, vous pouvez appeler cela l’angoisse de la mort… vous avez besoin d’une réponse — quelle qu’elle soit — mais d’une réponse que vous trouviez satisfaisante. Pour cela, il vous faut plus qu’un simple coach… 🙂 Le deuxième niveau consiste à comprendre ce que nous recherchons sur cette planète. C’est simple : nous sommes ici pour découvrir pourquoi nous sommes ici 😉 Plus précisément, nous sommes ici pour nous exprimer… C’est-à-dire pour exprimer les talents et les capacités que nous possédons.
Radu Weiss
Faculté de psychologie
Université de Bucarest – étudiant en deuxième année


